
Cette Delage D8-120 Coach Aérosport de 1937 carrossée par Letourneur et Marchand est l’une des plus belles automobiles produites par le constructeur français. Elle sera mise en vente aux enchères par RM Sotheby’s le 27 février 2026 à Miami.
Pour bien comprendre ce qu’est une D8-120, il faut remonter le temps jusqu’aux années 30. L’année 1935 fut charnière pour Delage. La D6, une voiture six cylindres plus abordable, avait été lancée en 1930, suivie de la D4, un quatre cylindres, en 1933, mais ces deux modèles, ainsi que la D8, peinaient à trouver leur public face à l’aggravation de la Grande Dépression en Europe.
Le manque de fonds pour développer de nouveaux produits se faisait cruellement sentir, contraignant même Delage à vendre son showroom des Champs-Élysées. Diverses tentatives de refinancement furent entreprises, mais finalement, début février 1935, un administrateur judiciaire fut nommé.
En avril, Walter Watney, agent parisien de Delage, racheta les actifs de la société avec l’intention de la ramener à la compétition automobile. Watney comprit rapidement que sauver la vénérable entreprise dépassait ses propres moyens et conclut un accord avec son ancien concurrent de toujours, Delahaye.
Cet accord aura permis de faire subsister le nom de Delage, mais sur des automobiles intégrant de nombreux composants Delahaye. Ceci étant, ce dernier étant connu lui aussi pour ces voitures de grand tourisme à grande vitesse, une Delage basée sur une Delahaye restait bel et bien une Delage. La preuve en fut le premier fruit majeur de cette union : la D8-120.
Lancée en 1936, elle reposait sur un châssis Delahaye modifié, avec une suspension avant indépendante perfectionnée. Elle était propulsée par le moteur six cylindres de la Delahaye 135 MS, auquel on avait ajouté deux cylindres, pour atteindre les 4 744 cm³ et une puissance d’environ 115 chevaux. Dotée d’un couple généreux, cette magnifique automobile pouvait atteindre près de 160 km/h, tout en offrant une excellente tenue de route pour son époque.
L’un des plus beaux modèles de la D8-120 fut sans conteste le Coach Aérosport, créé par Marcel Letourneur et réalisé par l’atelier familial Letourneur et Marchand. Conçu spécialement pour la présentation de la D8-120 au Salon de Paris de 1936, il arborait une ligne de toit fastback distinctive d’une beauté exceptionnelle, descendant harmonieusement sur toute la carrosserie et formant une petite arête dorsale à l’arrière.
Associée à des vitres sans cadre ni montant, subtilement superposées et incurvées selon la ligne de ceinture audacieuse, cette ligne conférait à la voiture une allure aérienne et spectaculaire. Ce design allait avoir un impact considérable, influençant d’autres modèles sans montant central en Europe, ainsi que les célèbres cabriolets à toit rigide de General Motors du début des années 1950.
Selon l’historien de Delage, Daniel Cabart, cette carrosserie était la deuxième des six Coach Aérosport de la « première série », numéro 5649. Elle se distinguait par une face avant plus sobre, avec des phares indépendants. Daniel Cabart précise que cette carrosserie était initialement montée sur le châssis n° 51000, avec une finition noire, des moulures et des ailes arrière orange, et un intérieur en cuir Havana.
Cette D8-120 fut exposée ainsi au Salon de l’automobile de Bruxelles en 1937, puis vendue au concessionnaire britannique Delage, University Motors, qui la présenta au Concours d’Élégance d’Eastbourne en juillet 1937. Ironie du sort, cette voiture d’une beauté exceptionnelle s’avéra particulièrement difficile à vendre. En conséquence, le châssis numéro 51000 fut recarrossé en cabriolet par Coachcraft. La carrosserie Aérosport fut transférée sur le châssis numéro 51042, avec des jantes en acier Dunlop modernisées.
Au début des années 1950, les garages Halfway de Padworth, vendirent la voiture à Harold T. Raitt de Fort Wayne, dans l’Indiana. Elle sera ensuite vendue à Ed Wachs, collectionneur de l’Illinois avant d’être acquise par Henry Uihlein II, un passionné du Wisconsin. Au début des années 1990, la voiture a rejoint une collection californienne qui a entrepris sa restauration chez Hill & Vaughn à Santa Monica, atelier fondé en partie par le légendaire pilote de course Phil Hill et considéré à l’époque comme le meilleur atelier de la côte ouest américaine.
Après sa restauration, elle a été exposée au Concours d’Élégance de Pebble Beach en 1997, puis au Concours d’Élégance de Meadowbrook en 2001. Fin 2001, elle a intégré la collection actuelle, où elle est depuis un quart de siècle une pièce maîtresse, parmi de nombreux autres exemples exceptionnels de carrosseries françaises sur mesure.















