
Peu de voitures de course ont atteint le statut de la Bugatti Type 35. Un siècle après ses débuts en compétition, les exemplaires encore en état de marche continuent d’être poussés à fond sur les mêmes circuits qui ont forgé sa réputation.
Ces Type 35 sont pilotées par une petite communauté de propriétaires passionnés. Pour eux, piloter ces voitures n’est pas qu’un simple passe-temps, mais une véritable vocation. Thierry Stapts, qui pilote une Type 35 blanche cent ans après sa construction à Molsheim, est l’un d’entre eux.
Son attachement à la Bugatti Type 35 remonte à sa fascination d’enfant pour Tintin, l’aventurier de bande dessinée dont les aventures mettaient parfois en scène une Bugatti comme celle-ci. Cette image l’a marqué pendant des années. Ainsi, lorsqu’il a eu l’occasion de devenir copropriétaire d’une Type 35 de 1926 d’origine avec un ami proche, il n’a pas hésité une seconde.
Prendre place dans le cockpit d’une Type 35, c’est vivre une expérience que presque personne d’autre au monde ne peut connaître. La voiture place le pilote au cœur même de l’action, la tête dépassant de la carrosserie, totalement exposée, le rugissement du moteur emplissant l’air et l’odeur de l’essence et de l’huile envahissant les sens.
Les vibrations qui parcourent la voiture constituent un dialogue constant entre le pilote, la machine et la piste. La Type 35 se situe, comme le dit Thierry, quelque part entre une voiture de course et une moto. C’est une sensation que chacun de ses pilotes connaît, et dont aucun ne se lasse.
Ce qui rend ces exemplaires encore existants si remarquables, c’est le peu de choses qui ont été perdues en un siècle. La direction transmet chaque sensation. Le moteur a du caractère. Bien conduire la Type 35, c’est travailler avec la voiture plutôt que contre elle, comprendre ses exigences et y répondre. Mais cet apprentissage prend du temps.
Thierry conduit sa Type 35 depuis sept ans et, selon ses propres dires, il continue de s’améliorer. Il n’est pas le seul dans ce cas. Au sein de la communauté des propriétaires qui font courir ces voitures, la relation avec la Type 35 ne se mesure pas en saisons, mais en décennies, et il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir.
Derrière chaque tour de piste se cache un travail considérable. Les pièces sont rares et doivent souvent être fabriquées à partir de zéro. Les compétences requises pour travailler sur ces voitures sont très pointues et difficiles à trouver. Comme le souligne Thierry, une grande partie de ce qui permet aux Bugatti historiques de continuer à courir provient du Royaume-Uni, où des spécialistes continuent de fabriquer des composants année après année.
C’est grâce à Pascal Dussouchet, le mécanicien de Thierry, un spécialiste d’un dévouement rare qui travaille avec passion sur les Bugatti historiques, que la voiture reste à la fois compétitive et sûre. C’est une relation fondée sur la confiance et sur la conviction commune que ces voitures méritent d’être entretenues comme il se doit.
Après sept ans passés ensemble, la Type 35 est devenue bien plus qu’une simple voiture de course pour Thierry. Il l’appelle « grand-mère » : vieille, agile et belle. « C’est comme un membre de ma famille », ajoute-t-il.
Les personnes qui pilotent ces bolides partagent quelque chose de difficile à expliquer à ceux qui n’en font pas partie. C’est un lien forgé par une passion commune et un refus partagé de laisser ces voitures à l’arrêt. « Plus on conduit la voiture, plus on va aux courses, plus on rencontre des fans de Bugatti, plus on se rend compte de la chance qu’on a de piloter une Type 35. »
Le calendrier de ces voitures est tout simplement remarquable. Monaco, Le Mans Classic, Goodwood et Angoulême en sont des rendez-vous incontournables. Villareal, dans le nord du Portugal, est l’une des destinations préférées de Thierry, et Donington Park est sa prochaine étape.









