
Il y a un siècle, Ettore Bugatti entreprenait de créer la Type 41 Royale, une automobile extraordinaire et sans précédent, plus rapide, plus élégante et plus luxueuse que ses contemporaines. Une expression de tout ce que l’automobile pouvait offrir.
Lors de sa présentation en 1926, la Royale était l’automobile la plus majestueuse et la plus ambitieuse jamais construite par la marque de Molsheim. Longue de plus de six mètres, elle reposait sur un empattement d’environ 4,3 mètres et, dans sa configuration de série, était animée par un huit cylindres en ligne de 12,8 litres développant quelque 300 chevaux. Seuls six exemplaires ont finalement vu le jour.
Le premier prototype de la Royale allait encore plus loin ! Le huit cylindres affichait une cylindrée de 14,7 litres et disposait d’une lubrification par carter sec. Bugatti lui attribuait une vitesse maximale de 200 km/h, une performance stupéfiante pour l’époque, sachant que le poids de cette voiture était d’environ 3,5 tonnes.
Si la conception mécanique demeurait commune, chaque Royale prenait forme selon la vision de son carrossier et dans certains cas, selon les souhaits de son futur propriétaire. Peu d’exemplaires illustrent aussi bien cette évolution que le Coupé Napoléon. Au cours de son existence, ce prototype a reçu plusieurs carrosseries. Parmi elles figurait une élégante carrosserie fermée signée Weymann, détruite lors d’un grave accident au début des années 1930.
Ce qui a suivi est un véritable chef-d’œuvre de design automobile grâce à Jean Bugatti, qui a donné naissance au majestueux Coupé Napoléon, dans la configuration sous laquelle il est encore connu aujourd’hui. Un toit vitré baignait de lumière l’habitacle arrière, tandis que le chauffeur prenait place dans un compartiment distinct à l’avant. Le Coupé Napoléon est devenu l’automobile personnelle d’Ettore Bugatti. Il est aujourd’hui exposé au Musée National de l’Automobile à Mulhouse.
Aucune Royale ne ressemblait à une autre, comme en témoigne celle commandée par Armand Esders. Cet industriel parisien du textile est devenu le premier client privé à acquérir une Royal, le châssis 41111, habillé d’une élégante carrosserie roadster dessinée par Jean Bugatti.
Même les détails les plus infimes reflétaient l’ampleur de la vision d’Ettore. En 1932, il a chargé Breguet de créer une série de neuf chronographes mécaniques destinés à prendre place au centre des volants des Royale. Gravés de l’inscription « Spécial pour Bugatti », ces instruments réunissaient chronographe, tachymètre et réserve de marche de huit jours.
Malgré toute sa splendeur, la Royale est apparue à un moment particulièrement défavorable sur le plan économique. La crise financière mondiale freinait la demande pour un modèle réservé à une clientèle d’une exclusivité presque inatteignable, et Bugatti n’a finalement produit que six exemplaires, au lieu de la série plus importante qu’Ettore avait envisagée.
Bugatti a récemment célébré le centenaire de la Royale. Trois des six exemplaires étaient réunis pour l’occasion à Molsheim. Aux côtés du Coupé Napoléon, se tenaient deux autres Royales. Celle carrossée par Binder et la limousine Park Ward, livrée en 1933 à un client britannique.















